ZEP : Zone d’Education Précaire

Nous avons rencontré deux enseignants dont l’un intervient encore dans ce que l’on a nommé une Zone d’éducation Précaire. Pour ces profs qui ont choisi d’éduquer des enfants dans un milieu particulier, leur démarche relève d’une réelle implication.

Rencontre avec Bassem, qui enseigne actuellement le français à Gaza en Palestine

M2M : Que représente l’enseignement du Français à Gaza en Palestine ?

Bassem : Nous avons au total 36 écoles enseignant le français ; 30 dans le public et 6 dans le privé pour environ 3000 élèves , les classes peuvent atteindre 55 enfants. Les élèves, dont beaucoup n’ont pas les moyens de se payer les fournitures scolaires, passent un examen international et nous avons malgré tout un des meilleurs résultat mondial pour la maitrise  du français.

M2M : Comment expliquez-vous ce résultat ?

Bassem : La motivation des élèves pour apprendre est énorme car  l’objectif est de sortir d’un territoire occupé afin de pouvoir continuer ses études à l’étranger. Compte tenu des conditions de vie avec la colonisation, nous sommes dans  l’obligation de s’adapter au pire sans jamais baisser les bras.

M2M : Quelles sont vos conditions de fonctionnement ?

Bassem : L’école est gratuite mais les enfants effectuent en moyenne 20mn à pied pour s’y rendre, le centre linguistique spécialisé coûte par contre très cher. Le ministère n’a pas les moyens de recruter suffisamment de profs ,et pour nous qui enseignons c’est compliqué car nous ne sommes pas payés régulièrement alors qu’acheter à manger représente pour nous un souci quotidien.

M2M : Enseigner ou apprendre devient un combat ?

Bassem: Nous avons beaucoup de plaisir à enseigner et les élèves à apprendre car c’est un moyen de résister et d’évoluer, nous sommes tributaires des frontières et de la politique arbitraire que nous imposent l’occupant.

M2M : L’occupation israélienne au quotidien c’est comment ?

Bassem: L’eau potable n’existe pas, il nous faut acheter l’eau filtrée ou des purificateurs, nous avons que 4h d’électricité par jour et c’est Israël qui contrôle notre système informatique. Les enfants n’ont aucune activité extrascolaire et sans éclairage étudier est un vrai problème.

M2M : Vous arrivez à garder espoir ?

Bassem : Les Palestiniens sont prêts pour vivre en paix, ils attendent seulement l’émergence d’un  véritable chef d’état Israélien d’accord pour un solution acceptable pour tous. Autrement dans l’immédiat nous allons modestement essayé de développer le l’enseignement du français à Gaza.

Gaza ou tout est plus difficile qu’ailleurs.

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Echanges avec Annie R qui a travaillé près de 30 ans en ZEP à Valence,

M2M: Est-ce qu’enseigner était une vocation?

Annie R : C’est devenu une vocation malgré le fait d’avoir bourlinguer pour obtenir un poste, à un moment j’ai réalisé que je prenais beaucoup de plaisir à enseigner aux enfants de quartier populaire,  j’y trouvais beaucoup de sens.

M2M : As-tu enseigné longtemps en ZEP ?

Annie R: En 1983, j’ai connu le démarrage des ZEP à l’école Jules Valles à Valence. Nous avions la chance d’avoir les moyens et une grande liberté pédagogique pour exercer le plus beau métier du monde. Nous avions créé une école ouverte aux parents et aux structures d’animation du quartier. La ZEP était une belle idée « donner plus aux enfants qui ont le moins ».

M2M: As-tu aussi vu ce quartier se transformer ?

Annie R: Si au début nous avions seulement 15 à 20% d’élèves issus de l’immigration avec des parents qui avaient du travail, j’ai vu le quartier devenir mono culturel des parents au chômage et dépassés par les soucis quotidiens. J’ai vu aussi la religion sortir du domaine privé pour entrer dans l’Ecole, ce qui a modifié sur biens des sujets les relations entre les parents et l’École.

M2M : Pourquoi chaque ministre veut reformer l’École ?

Annnie R: Ils oublient cependant d’y mettre les moyens et n’ont pas toujours conscience que l’école et la culture sont la base d’une société. Veulent-ils vraiment que les enfants réussissent ?

M2M: Que devient l’école ?

Annie R: Avec l’accord du plus grand nombre, l’École est devenu un lieux de compétition où les directives renforcent les notes et les classements. Le BAC ne veut plus rien dire et ils serait préférable d’appliquer simplement un contrôle continu. Mon rôle d’enseignante a été d’amener chaque élève au maximum de ses possibilités dans le cadre d’une mission éducative.

M2M: Qu’est-ce que tu redoutes ?

Annie R: Avec la suppression des moyens l’école ne sera plus un lieux d’entraide. Enseigner fait parti des rares métiers qui ne reçoivent plus de formation spécifique ! Le nouveau président est un libérale qui a la culture de l’élitisme. Va-t-il continuer à casser l’École ?

M2M: Que reste-t-il des ZEP ?

Annie R: Il ne reste que le mot, avec la ghettoïsation du quartier on a ghettoisé l’École. C’est le reflet du fonctionnement de notre société. Mon travail d’enseignante et de faire en sorte que les enfants aient envie d’améliorer la vie et non pas seulement de s’insérer dans une société imparfaite.

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